Henri Michel fait sans Platini...
Mais admettons-le, le terrain était sans doute miné d'avance. Car c'est une manière de cycle immuable en équipe de France : après le départ de l'homme providentiel, les Bleus semblent chaque fois condamnés à une traversée du désert en attendant le Messie. Vingt ans au pain sec et à l'eau entre la génération Kopa et la bande à Platini, et une longue décennie à chialer entre Platoche et Zizou. Précisément la période qu'étaient censés ambiancer Papin et Cantona. Bien sûr, JPP a pu s'incruster au Mondial mexicain, mais son échec à s'intégrer à ces Bleus-là est autant sa propre inexpérience du moment que la différence de langage entre le carré magique, tout en football de possession, et le buteur ultra spontané venu de Bruges qui n'a que faire des longues préparations. En cela, l'après-Platini augure des lendemains qui chantent pour l'ami Papin. Car c'est couru, tous les dix de passage vont se faire croquer par la fonction et la comparaison avec le maître, et fatalement l'équipe de France va devoir se tourner vers un autre football, moins léché, plus direct. Pas con, Henri Michel est en quête de cette attaque susceptible de compenser le milieu déserté par son triple Ballon d'or. Le 12 août 1987, lors d'un déplacement en RFA, Michel teste donc pour la première fois l'association Cantona-Papin en attaque pour la première cape de l'Auxerrois, avec José Touré (à droite) et Gérald Passi (à gauche) pour les alimenter.
… sans Papin...
Mais l'expérience tourne court. Dans ce choc (la revanche des deux dernières demi-finales de Coupe du monde, mine de rien), Rudi Völler, avec un petit doublé des familles dans les dix premières minutes, rappelle pourquoi les Germains fessent les Gaulois sur commande à l'époque. Et les tentatives de «
papinades » comme les «
biscouettes » de Canto font office de gentilles blagues pour les hommes
drivés par Franz Beckenbauer en personne. Le petit but du prodige de l'AJA ne change rien à l'affaire : Henri Michel n'est pas convaincu par sa doublette. L'ancien capitaine de Nantes varie les plaisirs, cherche d'autres options, en associant Canto à Fargeon ou à Bellone, pendant que Papin, lui, n'entre plus que comme remplaçant, et jamais aux côtés du bouillant Bourguignon : «
À Marseille, je suis reconnu à ma juste valeur, dans le reste de la France, non. Les gens ont pleuré je ne sais pas combien de temps parce qu'ils n'avaient pas d'avant-centre. Maintenant qu'ils en ont un ou deux, ils critiquent. C'est ça qui me chiffonne. À Marseille, on joue avec mes qualités. Pas en équipe de France. De toute façon, je n'y ai disputé que six matchs entiers. Il est frustrant d'y courir une heure pour rien du tout. J'ai l'impression de ne servir à rien... En fait, en équipe de France, on ne joue pas pour que l'avant-centre marque des buts. Il n'y a personne comme Ceulemans à Bruges, pour déborder, attirer le gardien et donner en retrait. Si : Éric ! »
… sans Cantona
C'est un fait, les Bleus jouent horriblement mal, tiraillés entre leur héritage stylistique à assumer - les Brésiliens d'Europe - et le manque patent de vrais talents pour le perpétuer. Alors, une dernière fois, Michel tente l'association Papin-Cantona, le 23 mars 1988 face à l'Espagne, juste pour voir. Une victoire (2-1) ok, mais les deux comparses n'y sont pas pour grand-chose. Pour Riton, les choses sont claires désormais : le duo n'a pas le niveau. D'autant qu'à l'OM, où Cantona a été transféré, le tandem n'est pas plus heureux. Suffisant pour qu'Henri Michel ne convoque pas le néo-Marseillais en août 1988 à l'occasion d'un match face à la Tchécoslovaquie. Le fou ! Furax, Canto pond le plus beau chef-d'œuvre de sa courte carrière internationale. «
Je ne jouerai plus en équipe de France tant qu'Henri…Michel sera à sa tête. Ne me parlez plus de lui, je ne le connais plus. Ce n'est pas mon genre de vouloir aller dans une équipe où le sélectionneur ne m'aime pas. J'ai une boule là, dans la gorge. J'ai lu que la saison qui commençait était placée sous le signe de l'obligation de se qualifier pour la Coupe du monde. J'en conclus que le sélectionneur n'a pas besoin de moi pour cet objectif. J'ai des principes. Je tiens à les respecter toute ma vie, au risque de déplaire à certains. Je suis bien à Marseille. Je donne tout à mon club. Demandez à mes partenaires ce qu'ils pensent de mon volume de jeu actuel. Henri Michel a commis un faux pas. Un jour, je serai tellement fort qu'il faudra choisir entre lui et moi. Il n'a même pas eu le courage de m'appeler ou de venir me voir, alors qu'il habite tout près de Marseille, pour m'expliquer les raisons qui l'ont conduit à agir de la sorte. Il n'a pas eu cette finesse, cette classe. Je souhaite qu'on s'aperçoive rapidement qu'il est l'un des plus incompétents sélectionneurs mondiaux. Un sélectionneur doit avoir comme qualité première la psychologie et la correction. Il a agi incorrectement avec moi. Mais j'insiste : je me rendrai avec plaisir à Teplice avec les Espoirs. Eux savent au moins m'apprécier. Je tiens à ce que vous sachiez ceci : je ne dis pas que j'avais ma place contre la Tchécoslovaquie à Paris. Je dis tout simplement que j'ai prouvé, moi aussi, qu'on pouvait fonder quelques espoirs sur moi. J'avais besoin de vider mon sac, je l'ai fait. Je viens de lire ce que Mickey Rourke a déclaré à propos des Oscars d'Hollywood : celui qui s'occupe de ça est un sac à merde. Je ne suis pas loin de penser qu'Henri Michel en est un, lui aussi, j'ai ma conscience pour moi. » Mythique.
Réactions (20)
Bravo à toute l'équipe.
En fait, on est devenus comme les vieux qui nous parlaient de St-Etienne 76. Parce que aussi fou que cela puisse paraître, ça fait bien vongt ans.
C'était autre chose que les délires fluo qu'on voit aujourd'hui.
C'est marrant, ce match précisément est le premier match que j'ai assisté à la télévision, j'avais trouvé Patrice vraiment bon, je l'ai toujours gardé dans mon cœur depuis, encore plus quand il a flambé avec PSG en Coupe des coupes.
Par rapport à Canto et Papin, j'ai l'impression que c'est un peu le même cycle qu'on a vécu avec Francky et Karim puis l'émergence d'un Pogba.
L'histoire va t-elle se répéter ? Réponse dimanche soir à 20h45 sur M6 !!
http://backoffice.telecablesat.fr/busin … rdiere.jpg
Dans cette mise en perspective, vous pourriez peut-être écrire un papier sur la chance dans l'histoire de l'équipe de France. Les tirs au but de Séville, le point à prendre en 2 rencontres à domicile en Nov93, le but en or de Blanc, les tirs au but contre l'Italie, le pénalty manqué de Raul, la main d'Abel Xavier, à nouveau les tirs au but contre l'Italie en 2006, et tant d'autres moments qui ont fait basculé le destin des bleus, d'un côté comme de l'autre. Et derrière ce pti coup de pouce, des envolées lyriques, des tacles assassins ou des analyses dithyrambiques sur des générations sacrifiées ou surdouées..
JPP ressemble à Valbuena par pas mal d'aspects. Un mec que tout le monde de l'époque pense risible, qu'au début on a méprisé (il a dû passer par Valenciennes (Allez l'USVA) et Bruges pur qu'on le prenne au sérieux et a dû bosser dur à l'entrainement pour justifier son statut) et à force de travail gagne sa place à l'OM et en équipe de France.
Manque de pot pur Valbuena, il signe à l'OL où tout le monde lui reproche d'avoir dénoncé la magouille de la "star" et "modèle" local plutôt que de l'avoir fermé et de s'être laissé faire. Le Glassman de l'époque... Trop honnête pur une France qui préfère fermer le yeux sur la magouille et où les donneurs d'alertes ont plus de problèmes que ceux qui violent la loi... Demandez à Bernès qui ne semble pas en reste dans l'affaire....