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Coupe du monde 2022 : Le Maroc, reflet du soutien algérien
Si le parcours historique du Maroc émeut à l’international, il a aussi permis de mettre en lumière un élan de soutien venu du Maghreb.

Elle n’a de secret pour personne. La rivalité sportive opposant le Maroc et l’Algérie s’est inscrite dans l’imaginaire collectif. Une histoire faite d’amour, de compétition, de points communs et de paradoxes, aujourd’hui hissée au plus haut par le parcours des Lions de l’Atlas dans cette Coupe du monde 2022. Chronique d’un feuilleton sentimental.
Pour l’amour du football
Pour les supporters algériens, il serait effectivement « faux » de déclarer une flamme incandescente aux victoires du Maroc. Logique. Si l’on interrogeait un à un les suiveurs des Verts, tous s’accorderaient à dire que l’Algérie devait se trouver au Qatar. Un rendez-vous manqué, au soir de ce 29 mars maudit et une élimination en barrage de qualification contre le Cameroun. Et comme si l’échec personnel ne suffisait pas, les exploits écrits par les frères ennemis tunisiens et (surtout) marocains sont venus ajouter une ultime pointe de frustration à un dégoût footballistique déjà chargé. Après tout, qui se réjouirait de voir son rival gagner ? Mais une fois cet aspect simpliste passé, l’amitié mutuelle que se réservent supporters de l’une et l’autre sélection ne tarde pas à refaire surface.
Vous ne trouverez pas deux peuples qui se ressemblent autant que les Marocains et les Algériens. Au niveau physique, culturel, linguistique : ces deux peuples sont liés.
Haine virtuelle, amour réel
« Il faut analyser la chose, note Mouloud Haddad, historien et sociologue, spécialiste de l’espace euro-méditerranéen. Sur les réseaux sociaux, où l’on voit une bataille entre Algériens, opposant les « haters » du Maroc aux autres, plutôt heureux pour les Marocains. Cette dualité est donc principalement virtuelle. » Toujours bon de le signaler.
Car dans la réalité, les choses se révèlent différentes. Absente de cette Coupe du monde, l’Algérie s’est résolue à soutenir ce qui lui ressemble le plus. Comprenez, les pays africains, et de manière plus ciblée, ceux d’Afrique du Nord. D’abord avec la Tunisie, prématurément éliminée, puis le Maroc donc. S’agréger au vainqueur, pour compenser ce que les siens n’ont pas su réaliser. Un processus d’acceptation naturelle. « Vous ne trouverez pas deux peuples qui se ressemblent autant que les Marocains et les Algériens, poursuit le professeur Haddad. Au niveau physique, culturel, linguistique : ces deux peuples sont liés. Les grands-parents ont immigré au même moment, les enfants ont grandi dans les mêmes quartiers et les mariages algéro-marocains sont très fréquents. Dans ce métissage, vous avez d’ailleurs des figures comme Medhi Benatia hier et Ismaël Bennacer aujourd’hui. Les traits d’union sont beaucoup trop nombreux pour ne pas y voir une forme de mimétisme. » Pour les Algériens, une fois l’acceptation des défaites passée, on s’identifie naturellement aux victoires du Maroc.
L’Afrique ne perd pas le nord
Mauvaise foi mise à part, ce sont deux sociétés intimement liées qui ont appris à s’amouracher l’une de l’autre. Avec le football comme seule échappatoire. « Les réseaux sociaux ont de vicieux leur capacité primaire à attiser la haine, tout en invisibilisant ses auteurs. Mais cela reste minime. Pour les Algériens, une fois l’acceptation des défaites passées, on s’identifie naturellement aux victoires du Maroc, car c’est ce qui les rapproche le plus de leur pays. Cette question d’identification est primordiale pour les supporters de chacun des deux pays », pose Mouloud Haddad. Un élément loin d’être propre à ce Mondial 2022, puisqu’en 2014 ou lors de la CAN 2019, ces scènes de liesse commune accompagnaient les victoires algériennes. Un rapprochement par la culture. En effet, pour l’Algérie et le Maroc, majoritairement nourris par la culture arabe et berbère, le déroulé de cette compétition au Qatar a largement favorisé ce phénomène de rassemblement. « Khaoua, khaoua » (Nous sommes tous frères, en VF), tel que le veut l’expression.
« L’un des autres points de bascule de ce soutien mutuel s’est joué quand les joueurs du Maroc ont brandi un drapeau de la Palestine. Pas en tribunes, non, mais sur la pelouse. Symboliquement, ce geste a marqué les esprits, notamment pour les Algériens, qui tiennent beaucoup à ce sujet » conclut Haddad. Les relations sportives entre le Maroc et l’Algérie n’ont ainsi jamais été aussi exposées qu’en cet hiver 2022. « One, two, three ! Viva l’Maghribi. »
Par Adel Bentaha
Propos de Mouloud Haddad recueillis par AB.