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Stéphane Sessègnon, l’altesse déchue
Prometteur à 18 ans, génial à 22, sublime à 24 ans, Stéphane Sessègnon a aujourd'hui 30 piges et passe la plupart de ses matchs sur le banc de West Bromwich Albion. À l'heure de recevoir Manchester United, retour sur l'un des plus beaux gâchis du football.
« Il est parti parce que c’est un faible. Il n’a pas accepté que Giuly soit plus fort que lui. Je ne voulais pas qu’il parte et j’ai tout fait pour qu’il revienne. Si encore il m’avait dit : « Je veux jouer à Manchester United. » Mais là… » Voilà comment Antoine Kombouaré, alors entraîneur du PSG, parlait de Stéphane Sessègnon en 2010 dans les colonnes de L’Équipe. 4 ans plus tard, Stéphane Sessègnon végète à West Bromwich Albion où son blase squatte un effectif au sein duquel ils sont nombreux à avoir eu le même parcours que lui. À savoir des mecs promis à un avenir brillant, mais qui n’ont jamais réussi à saisir leur chance (Ben Foster, Sébastien Pocognoli, Georgios Samaras ou Silvestre Varela). À 30 ans, le double S n’a joué que 6 matchs cette saison, pour seulement trois titularisations.
Une tristesse infinie pour celui que ses coéquipiers manceaux surnommaient « Champion » lors de la saison 2007-2008. La cassure a eu lieu dans la capitale. C’est une évidence. Pourtant, lorsqu’il débarque en provenance du Mans à l’été 2008, le Parc des Princes a l’impression de retrouver Jay-Jay Okocha. Une boule de muscles avec le numéro 10 floqué dans le dos. Tout sauf un hasard pour celui qui déclarait dans France Football en 2009 au sujet d’Okocha : « On peut parler de modèle, oui » . À l’époque, le PSG sans l’argent du Qatar se redresse petit à petit. Le Béninois y est pour beaucoup. Félin, rapide, puissant, il déglingue les reins adverses avec une facilité déconcertante. Contre Lens, on le voit même dribbler trois Artésiens avec une technique atypique : le coup du crapaud qui consiste à bloquer la balle entre ses mollets et à sauter à pieds joints au-dessus des jambes adverses. Bref, Sessègnon régale.
Diego en Côte d’Ivoire
Actuellement, on est bien loin de toutes ces promesses alors que le joueur entame sa cinquième saison en Angleterre dont trois passées à Sunderland où il a oscillé entre le génial – on se souvient encore de son match contre Chelsea à Stamford Bridge – et le pathétique, comme cette rencontre où, non convoqué par Paulo Di Canio, il est arrêté en état d’ivresse au volant de sa voiture pendant que ses copains se battent pour se maintenir en Premier League. La bouteille, une rumeur qui a longuement pollué la carrière du joueur. Aimer Sessègnon, c’est pourtant admettre qu’il est capable de traverser des zones de turbulences incroyables. Il faut dire que rien n’a jamais été simple pour ce fils d’Ivoiriens né par le plus grand des hasards au Bénin.
Le petit Stéphane pousse ses premiers braillements à Allahe, une bourgade au sud de Cotonou où ses parents sont en poste pour la compagnie Air Afrique. Son enfance, le milieu de terrain de WBA la passe pourtant en Côte d’Ivoire, dans la banlieue d’Abidjan, à Cocody. Dans les terrains vagues du coin où il apprend le football, on le surnomme « Diego » . « J’ai appris l’essentiel de mon bagage dans la rue, car il s’agissait avant tout de prendre du plaisir, avant un jour de se structurer et d’intégrer une école de foot pour faire du football son métier » balance-t-il dans France Football en 2009. Logiquement, le jeune Sessègnon aurait dû se faire happer par l’Académie de Jean-Marc Guillou ou l’ASEC Abidjan. Oui mais non. Papa Sessègnon étant fan de l’Africa – l’ennemi intime de l’ASEC –, le jeune adolescent ne signe nulle part. Un diamant de plus en liberté…
Strasbourg le voulait à 15 ans
Un début de carrière qui aurait pu être complètement différent si une simple question de visa ne s’était pas incrustée dans l’affaire. À 15 ans, l’adolescent effectue un essai à Strasbourg où Jacky Duguépéroux tombe sous le charme. Le Racing est tellement en kiff qu’un contrat d’aspirant lui est même proposé. Pour ce faire, le jeune milieu de terrain doit rentrer à Abidjan pour obtenir un visa. Mais l’Afrique du football est si particulière qu’un intermédiaire lui demande plus de 40 000 euros de commission pour accélérer la manœuvre. Les Sessègnon n’ont pas les moyens et Strasbourg refuse de payer. À 16 ans, il reste donc au Bénin et signe aux Requins de l’Atlantique Cotonou. Heureusement pour lui, la capitale béninoise est jumelée avec Créteil. À 20 ans, Stéphane Sessègnon débarque dans le 94. Pour les gros et les petits torses. Pendant deux ans, il va apprendre le métier. Son jeu devient plus fluide, il porte moins la balle et s’essaie un peu à la diététique. La progression se poursuit au Mans avant de l’emmener dans la capitale. C’est mentalement qu’il ne va jamais suivre.
Inapte à gérer la frustration, le Béninois se braque à la moindre contrariété. Et son jeu s’en ressent. Aligné à droite par Paul Le Guen lors de son arrivée au PSG, « SS » envoie un jeu incroyable, puis la machine s’enraye salement et perd en simplicité. Antoine Kombouaré succède à Le Guen et c’est le début de la fin. On est en 2010 et le joueur se met en marge du groupe avant un déplacement à Nancy. Il accuse son entraîneur de l’avoir traité de « joueur de merde » et « d’enculé » . Fin janvier, Sessègnon rejoint Sunderland et la Premier League. Il n’a que 25 ans et on se dit que le joueur va être capable de faire de l’Angleterre son nouveau jardin et de rebondir. Mais la greffe n’a jamais pris sur le long terme. À tel point que les Black Cats l’ont presque prié d’aller voir ailleurs en 2013… WBA a fait un geste de charité et misé gros sur le joueur. En vain. Comme Passi et son album Les tentations, Sessègnon avait débuté sa carrière par le caviar. On en attendait sans doute trop. Le rappeur s’est oublié avec Bisso na Bisso. Pour Stéphane, son album critique fut parisien. Depuis, il enchaîne les mauvais featuring. Ce soir, il devrait jouer en duo avec le banc de touche.
Par Mathieu Faure