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Avec les Bleues, Maëlle Lakrar sort de sa réserve
Trois sélections de rang, autant de titularisations et la confiance d'Hervé Renard. En l'espace de quelques semaines, la très réservée Maëlle Lakrar a conquis le couloir droit de l'équipe de France en laissant ses performances parler à sa place.
Planter un doublé pour sa première sélection en équipe de France n’est pas forcément signe d’une carrière internationale fructueuse, Marvin Martin et Bafétimbi Gomis ne diront pas le contraire. En revanche, le faire pour sa première avec un nouveau sélectionneur ouvre forcément quelques portes. Convoquée à deux reprises sans être utilisée par Hervé Renard, Maëlle Lakrar a défoncé celle des Bleues, profitant de l’opportunité offerte par le technicien de 54 ans pour claquer deux caramels face à l’Irlande, soit autant que lors de ses cinq dernières saisons en championnat. Une prise de parole soudaine pour cette joueuse de 23 ans, désormais installée dans le couloir droit – même si elle pourrait retrouver l’axe, son poste préférentiel, contre le Brésil ce samedi, suivant la disponibilité de Wendie Renard – et jusque-là plutôt réservée et restée dans l’ombre de la sélection pendant que ses potes Selma Bacha, Melvine Malard ou Sandy Baltimore, championnes d’Europe U19 en 2019 avec elle, venaient s’éclater avec les grandes Bleues pendant les vacances. Mais cet été, tout a changé.
Des actes sans les paroles
Avant ce mois de juillet, la défenseuse du MHSC ne comptait que deux sélections, toutes glanées en début d’année avec Corinne Diacre. Depuis, elle vient d’en enquiller trois de rang, toutes comme titulaires, avant une très probable quatrième face aux Canarinhas, pour s’affirmer comme la solution numéro un dans le couloir droit des Bleues. Tout sauf une surprise pour Cécile Locatelli, qui l’a vue passer chez les U16 françaises : « On n’est jamais certain de l’évolution d’une joueuse, il peut tout arriver dans une carrière, une blessure, des événements qui font que ça contrarie un petit peu l’évolution. Mais en tout cas, elle avait le profil pour arriver au très haut niveau. » Et ce très haut niveau, l’ex-relayeuse le côtoie avant même de sortir de l’adolescence.
Elle n’a que 16 ans lorsque cet enfant de l’an 2000 connaît sa première titularisation en première division avec l’Olympique de Marseille. Kelly Gadea, passée par le club phocéen en même temps que la native d’Orange, s’en souvient : « La première fois que je l’ai vue, c’était pour Marseille-Juvisy, on sortait de quatre ou cinq défaites avec Marseille (cinq défaites et deux nuls pour commencer la saison, NDLR) et on a gagné 2-1. Elle a fait un match de fou, elle avait super bien joué, en plus elle avait Kadidiatou Diani en face d’elle. Après ce match, c’était fini, elle était tout le temps titulaire avec nous. » Pas question de fanfaronner pour autant. La toute jeune retraitée poursuit : « C’est quelqu’un de très timide, très réservée, elle l’est un peu moins maintenant, mais au début, elle parlait à peine. » Sauf sur le terrain, où ses performances la mènent jusqu’à Montpellier deux ans plus tard.
À la recherche du temps perdu
Au MHSC, sa progression est plus lente. « Quand j’arrive (à l’été 2021, NDLR), Maëlle ne joue pas. Elle sort d’une saison sans jouer ou quasiment pas, et en cours de prépa, je ne suis pas forcément hyper satisfait, rejoue Yannick Chandioux, son entraîneur à la Paillade. On a une conversation par rapport à sa situation, et derrière, j’ai la sensation qu’il y a une prise de conscience. » Effet immédiat puisque la néo-internationale compile presque 3500 minutes sur le pré lors des deux saisons qui suivent quand elle n’en comptait que 2700 sur les trois précédents exercices. Joueuse défensive la plus utilisée dans l’Hérault cette saison – 21 matchs commencés sur 22 en D1 Arkema –, Maëlle Lakrar brille à nouveau par sa discrétion.
« C’est une travailleuse, quelqu’un qui ne donne pas l’impression d’être présente sur le plan mental, mais elle est tout le temps en connexion avec les autres quand même, explique son coach. C’est une fille réservée qui travaille un petit peu dans l’ombre finalement. » Jusqu’à en sortir depuis le début de l’été avec le maillot bleu. « Elle jouait à droite, pouvait jouer central gauche, arrière gauche, ou centrale droite. Elle a fait tous les postes de la défense et s’est toujours très bien adaptée », rejoue Kelly Gadea. C’est finalement à droite qu’Hervé Renard l’a collée. Une possibilité que Yannick Chandioux avait anticipée : « Je lui ai souvent dit que dans sa progression, ça ne devait pas être un frein pour elle d’être un petit peu polyvalente. Et effectivement, on a quand même évoqué quelques fois le fait que, en équipe de France, elle aurait peut-être un jour cette possibilité d’aller chercher une place à droite, et qu’il ne fallait pas fermer la porte. » De l’anonymat relatif à un dépassement de fonction pour s’assurer une place de titulaire en sélection : il y a du Benjamin Pavard dans ce parcours.
Sortir de ses gonds
Ce premier Mondial avec les A lui sert d’apprentissage accéléré. « Ce qui est différent dans une Coupe du monde, et surtout par rapport à l’équipe de France, ce n’est pas uniquement l’aspect footballistique, c’est aussi la partie mentale. Parce qu’on joue pour l’équipe de France, parce qu’on joue la Coupe du monde, parce que c’est une grosse compétition et, en général, tout le monde relève le niveau, constate le technicien du MHSC. C’est ça aujourd’hui qui est peut-être difficile pour Maëlle, mais je trouve que face à la Jamaïque, elle a bien appréhendé les choses, elle s’est plutôt relâchée, même si je pense qu’elle peut faire mieux. » À l’image de la prestation d’ensemble livrée par les Bleues.
Muettes dimanche, les Tricolores devront proposer autre chose pour faire trembler les filets brésiliens ce samedi afin de ne pas quitter l’Australie plus tôt que prévu. Un domaine dans lequel, du haut de son mètre 72 (elle est la quatrième Bleue la plus grande, hors gardiennes), elle pourrait avoir son mot à dire, notamment sur coups de pied arrêtés, et encore plus si Wendie Renard doit finalement renoncer à cette rencontre. « Le jeu de tête, c’est l’un de ses points forts. Défensivement, on la met toujours dans les zones d’impact, où le ballon arrive le plus souvent, détaille Yannick Chandioux. Offensivement, elle monte toujours, elle est aussi capable de marquer. » Son homologue masculin Benjamin Pavard l’a prouvé plus tôt : il peut suffire d’une « frappe de bâtard » pour renverser le cours de l’histoire et s’y faire une place à part. Si cela arrive face au Brésil ce samedi, ce sera tout bénef pour tout le monde.
Par Florian Porta
Tous propos recueillis par FP.