- Copa América
- Gr.B
- Argentine-Colombie (0-2)
L’Albiceleste se brûle d’entrée au café colombien
Décevante, si décevante Argentine... Les hommes de Lionel Scaloni, jamais au point collectivement, ont sombré pour leur entrée en lice face à une Colombie bien plus solide qu’il n’y paraît. Il va falloir bosser, si le chantier n’est pas déjà trop grand.
Argentine 0-2 Colombie
Buts : Martínez (71e) et Zapata (86e) pour la Colombie
On l’annonçait comme une finale avant l’heure. Argentine-Colombie, des stars européennes à toutes les lignes, des jeunes, des vieux, des légendes, des inconnus. Mais c’était compter sans l’impalpable. Sur la pression des occasions manquées qui, dit-on, agirait comme une enclume sur les épaules de son porteur. Et à en juger par la pâle prestation déballée par l’Albiceleste ce dimanche matin (0-2), l’un des immenses favoris de la compétition, la sélection peine visiblement à porter le fardeau de son histoire récente. C’était pauvre, c’était faible, c’était naïf. De l’autre côté du miroir, la Colombie vient d’enfiler le masque d’un sacré épouvantail : oui, ces gars-là seront difficiles à faire tomber.
Agüero, pressing solo
Mais d’abord, il fallait se lancer. Un saut dans le vide du haut d’un viaduc gigantesque appelé Copa América, les pieds accrochés à une corde élastique qui, en cas de réglage défectueux, s’apprête peut-être à vous précipiter le crâne vers les rochers en contrebas. Le néant, là tout en dessous, est chiffrable : 26 ans et 17 tournois majeurs sans victoire finale pour l’Argentine, alors que la Colombie, elle, ne s’est plus imposée face à l’Albiceleste depuis 2007. Au coup d’envoi, Messi et Agüero sont donc associés en attaque, Lo Celso à droite et Paredes au centre, alors que la Colombie aligne une triplette Muriel-Falcao-James qui fait saliver. On se prépare à l’éruption et pourtant… rien.
Il y a bien cette sortie acrobatique de David Ospina devant Agüero (7e) et cette frappe de Martínez (entré à la place de Muriel, blessé) un peu plus dangereuse que les autres (17e), mais voilà tout. La Colombie maîtrise complètement le jeu, car l’Argentine ne propose rien. Ni triangle, ni combinaison, ni frisson. Les longs ballons se multiplient vainement pour Agüero, trop occupé à imprimer un pressing en solo. Quelques chiffres à la mi-temps, pour comprendre : dix fautes, 34 tacles. On attendait des artistes, voilà des bouchers.
La grande Barrios de corail
Heureusement, Lionel Scaloni, petit gars de 41 ans, en a sous la semelle. D’entrée de seconde période, il sort Di María pour Rodrigo De Paul et recentre Lo Celso au passage, offrant davantage de maîtrise technique à l’Argentine. Les espaces s’ouvrent enfin, notamment pour Paredes qui s’entraîne aux tirs de sniper (46e, 59e), tandis qu’Ospina fait un miracle devant la tête d’Otamendi (66e). L’Albiceleste, enfin, reprend de l’air. Le ballon tourne, vit, existe. Au point que le toro fou ne fasse péter un plomb à Cuadrado qui massacre Messi à retardement, échauffant son tibia droit et tous les esprits au passage.
Et soudain, alors que l’on pensait la bande de Kun’ enfin sur les bons rails, le coup de Trafalgar : Martínez, seul sur l’aile gauche, rentre au cœur du jeu et envoie une mine dans le petit filet opposé d’Armani (1-0, 71e). Messi pose les mains sur les hanches, mais il n’a pas vu le pire : alors que ses coéquipiers butent comme des mouches sur la vitre défensive formée par Barrios et Uribe, Zapata est à la réception d’un centre au cordeau de Lerma venu (encore) de la gauche. Il alourdit la marque (2-0, 86e), et balance son maillot dans les airs. L’Argentine vient de tomber en ouverture, la Colombie de se mettre sur ses jambes. Dieu seul sait jusqu’où elles peuvent courir.
Argentine (4-2-3-1) : Armani – Saravia, Pezzella, Otamendi, Tagliafico – Rodríguez (Pizarro, 67e), Paredes – Lo Celso, Di María (De Paul, 45e), Messi – Agüero (Suárez, 79e). Sélectionneur : Lionel Scaloni.
Colombie (4-3-3) : Ospina – Médina, Mina, Sánchez, Tesillo – Cuadrado (Lerma, 64e), Barrios, Uribe – James, Muriel (Martínez, 14e), Falcao (Zapata, 81e) Sélectionneur : Carlos Queiroz.
Par Théo Denmat