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Ouaddou : « Nancy, c’est ma ville »

Après deux saisons au Qatar, Abdeslam Ouaddou est revenu cet hiver dans le club de son cœur, Nancy. Libre de tout contrat, le défenseur a proposé ses services au club lorrain… gratuitement. Pourquoi ? Tout simplement car Ouaddou est un homme classe, au grand cœur, qui plus est.
Bon, Abdes, tu viens de signer à Nancy, tu peux nous expliquer un peu ce retour dans ton club formateur ?Bah, c’est tout simple, après deux saisons et demie au Qatar, qui se sont globalement bien passées, les cinq derniers mois ont été plus délicats, car le club ne me payait pas. Donc j’ai tout simplement utilisé le règlement de la Fifa qui me permettait de partir. Donc voilà, après je suis rentré directement à Nancy, car c’est ma ville d’attache, la ville où j’ai grandi, où mes enfants ont grandi, le club où j’ai été formé. Il était naturel que je rentre à Nancy, en fait.
Et là, tu leur as proposé tes services gratuitement ?En fait, après ma rupture de contrat, je me suis retrouvé libre et j’ai eu une proposition aux États-Unis, une autre en Allemagne, mais bon, ça fait dix ans que je voyage, et là mes enfants avaient besoin de stabilité. Donc j’ai appelé le président de Nancy et je lui ai proposé mes services gratuitement.
Ça s’est fait comme ça, tout simplement ?Ouais, dans un premier temps, le président en a parlé au coach, Jean Fernandez, et ils m’ont permis de m’entraîner pendant un mois avec la réserve. Et dernièrement, ils m’ont appelé pour me dire que c’était ok et que j’allais intégrer le groupe pro. Donc, ça s’est passé comme ça, naturellement.
Mais là, du coup, tu vas percevoir un salaire de la part du club ? Tu ne vas pas travailler en tant que bénévole ?Bah écoute, ouais, c’est ce que j’ai entendu. Apparemment, il y a un règlement de la LFP, par rapport à la charte du footballeur professionnel, qui fait qu’il y a un minima, même si je ne sais pas à quelle hauteur il est. Je ne connais pas le montant car, en fait, quand j’ai signé mon contrat, je n’ai pas vraiment regardé, car je devais aller à l’entraînement, donc j’ai juste signé vite fait. Du coup, bah, je ne sais même pas à combien s’élève ce montant.
« Il y a eu un gros problème, mais c’était Pablo Correa »
Donc l’aspect financier ne te préoccupait vraiment pas ?Ah non, pas du tout. À partir du moment où j’ai proposé mes services gratuitement, ça ne me préoccupait absolument pas.
Mais même s’il n’y avait pas eu ce minima, imposé par la loi, tu aurais été prêt à jouer de façon totalement bénévole ?Franchement, ouais ! Après, c’est ma personnalité, je suis comme ça, les gens qui me connaissent bien ne sont pas étonnés. Dans la vie, rendre un petit peu à un club qui m’a construit sportivement et humainement, qui m’a permis de devenir la personne que je suis aujourd’hui, je trouve que c’est normal.
Pourtant, ton départ en 2010 avait été un peu tendu, non ?En fait, il y en a qui disent que ça s’est mal passé avec les dirigeants et les supporters, mais pas du tout ! Alors oui, il y a eu un gros problème, mais c’était avec l’entraîneur de l’époque (Pablo Correa). Avec lui, ça ne passait pas du tout. Déjà, j’ai très mal pris d’être débauché de Valenciennes, pour me rendre compte, peu de temps après, que l’entraîneur ne souhaitait même pas ma venue. Alors déjà, je trouve que j’ai eu du courage de tenir deux ans avec lui, mais à la fin des deux années, c’est parti en cacahuètes.
Et du coup, à partir de là, tu as décidé de t’en aller ?Oui, surtout qu’à l’époque les gens croyaient que je m’accrochais aux deux ans de contrat qu’il me restait, pour percevoir de l’argent. Alors que voilà, pour moi, l’argent, dans la vie, ça aide, certes, mais ce n’est pas le plus important. Tu sais, il y a des gens qui ont énormément d’argent, mais qui ne sont pas heureux. À l’époque, j’ai opposé une résistance surtout pour montrer à Correa que je n’étais pas un con, et qu’il n’allait pas me pousser si facilement que ça vers la sortie. Mais quelques mois après, je me suis dit que je prenais un peu le club en otage, surtout qu’il y avait des difficultés financières. Du coup, je suis allé voir le président, avec qui j’avais de bonnes relations, pour lui dire : « Voilà, je m’assois sur mes deux dernières années de contrat. » Ces deux années représentaient quand même une somme considérable, mais voilà, je suis comme ça, quand on a beaucoup reçu dans la vie, c’est un juste retour des choses.
« Si le coach le fait appel à moi, je ferai le maximum »
Du coup, lors de ton retour, il n’y avait strictement aucune tension avec les dirigeants ?Ah non. J’ai toujours eu de bonnes relations avec les dirigeants. Tu sais, c’est un club qui m’a formé humainement, qui m’a permis d’être l’homme que je suis aujourd’hui. Et ça, il ne faut pas l’oublier dans la vie. À l’époque, ça a été mal interprété par certains, mais non, avec les dirigeants je n’ai jamais eu de soucis. Ce qui nous a mis un peu en porte-à-faux, c’était l’entraîneur de l’époque et, d’ailleurs, je n’étais pas le seul dans ce cas-là, car il y a eu pas mal de conflits dans le groupe.
Là, tu arrives dans un club qui est dernier de Ligue 1, c’est quelque chose qui t’a un peu freiné, ou alors, au contraire, tu t’es dit que c’était le moment d’aller donner un coup de main ?Bah, donner un coup de main, clairement. Je pense que dans cette équipe il y a pas mal de joueurs d’expérience, mais on n’en a jamais assez dans une équipe. Dans une saison, il peut y avoir des blessés, des suspendus, donc je pense que je peux apporter une solution supplémentaire à l’entraîneur. Surtout, je pense pouvoir apporter un peu de mon vécu, de mon expérience, dans le vestiaire. Je vais essayer de beaucoup communiquer avec les plus jeunes pour leur donner un peu confiance. Car il y a des qualités dans cette équipe, mais elle reste un peu jeune.
Toi, c’est quoi ton ambition, tu vises une place de titulaire, ou tu es là plus pour dépanner, en cas de besoin ?En tout cas, je ne veux pas être un problème pour l’entraîneur (rires). Par contre, crois-moi que si le coach fait appel à moi, je ferai le maximum, car je suis tout de même un compétiteur et si je peux apporter quelque chose, ce sera avec plaisir.
Tu t’es engagé avec Nancy jusqu’à la fin de la saison donc, mais aujourd’hui, à 34 ans, quelles sont tes ambitions ? Tu aimerais éventuellement prolonger une saison supplémentaire ?Moi, je me sens bien physiquement, après on va voir. Il faut voir comment se passent les six prochains mois, mais c’est sûr que j’aimerais bien continuer. Tant que le corps se sent bien, je pense qu’il faut continuer, j’ai discuté avec des amis qui ont arrêté et ils m’ont toujours conseillé de continuer le plus longtemps possible. Et puis surtout, le truc, c’est que j’aime vraiment le football, c’est l’un des plus beaux métiers au monde. Moi, je suis content dès que je suis sur un terrain de foot, j’aime être à l’entraînement, dans le vestiaire avec les gars, c’est ce qu’on fait depuis que l’on est tout petits, donc c’est important pour moi, ça.
Donc là, on peut dire que tu es heureux ?Ouais, je suis vraiment content. C’est une ville qui est importante pour moi, j’y ai grandi, j’y ai mes attaches, mes amis, donc voilà, je me sens vraiment bien. Et même le froid n’est pas un problème (rires), je me sens vraiment bien ici.
Auxerre, VRP de luxe de la Ligue 1Propos recueillis par Gaspard Manet