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Dominique Arribagé, entraîneur malgré lui

Par Alexandre Pedro
5 minutes
Dominique Arribagé, entraîneur malgré lui

S’il a sauvé Toulouse de la descente la saison dernière, Dominique Arribagé traîne depuis son spleen. Il estime même qu’il n’est peut-être pas l’homme de la situation pour éviter la Ligue 2. Pourquoi tant de résignation ? Peut-être parce que l’ancien défenseur n’a jamais vraiment eu la bosse de l’entraîneur.

Il a rangé sa caquette Porsche chargée de protéger sa chère chevelure du crachin breton. Quelques minutes après la défaite à Guingamp (2-0), Dominique Arribagé s’est présenté devant la presse. Impassible, presque détaché comme à son habitude, il a lâché une phrase lourde de sens sur sa relation à son métier d’entraîneur de Toulouse, 19e de Ligue 1 et à la recherche d’une victoire depuis la première journée. « Concernant ma position, si le président trouve quelqu’un de plus compétent, je l’accepterai. Je suis là pour permettre à l’équipe de prendre des points. Ce n’est pas ma situation personnelle qui compte. » Simple déclaration d’un coach au bout du rouleau qui voit son équipe s’enfoncer inexorablement vers la Ligue 2 ? Sans doute un peu, mais il faut surtout y voir l’appel du pied d’un entraîneur par défaut, qui, avant le 16 mars dernier, n’avait jamais pensé à embrasser cette carrière. Même pas en se coiffant le matin.

Je me suis rendu compte que c’était un métier de fou et je n’ai donc pas passé le troisième et dernier degré du diplôme

Quand Olivier Sadran doit, la mort dans l’âme, écarter Alain Casanova qu’il considére « comme un ami » , le président du Toulouse Football Club se tourne vers un autre ami. Entre le roi de la restauration aérienne et le mari de la députée les Républicains de la troisième circonscription de Toulouse, l’histoire remonte aux années collège à Colomiers. « On n’était pas dans la même classe, car lui est plus âgé que moi. Mais on se connaissait » , précise Arribagé. Et quand Sadran cherche en 2004 un « papa » pour encadrer ses Pitchouns tout juste remontés en Ligue 1, il rapatrie l’ancien de la maison exilé à Rennes depuis six saisons. Et quand Arribagé raccroche les crampons quatre ans plus tard, il intègre dans la foulée la cellule recrutement. Une bonne place au chaud à regarder des matchs et rédiger des rapports, mais sans le pouvoir décisionnaire, puisque le grand manitou du mercato au TFC reste le mystérieux Ali Rachedi, l’homme des gros coups (Gignac, Ben Yedder, Abdennour) ou des improbables filières en Europe de l’Est. Arribagé a bien passé ses diplômes du deuxième degré, mais n’a pas poussé plus loin. « Je me suis rendu compte que c’était un métier de fou et je n’ai donc pas passé le troisième et dernier degré du diplôme. Ce n’était plus du tout une vocation » , avouait-il lors de sa prise de fonction. Il est ainsi né entraîneur à 43 ans, tout le contraire d’un Casanova, travailleur obsessionnel, abreuvé par les thèses du Portugais Victor Frade sur la périodisation tactique et qui semblait dormir avec son blouson sans manches d’entraîneur.

Sadran et sa petite cuisine interne

Dans un premier temps, Arribagé a eu le mérite d’amener un discours et surtout une personnalité nouvelle à son groupe. Il a remisé un 3-5-2 ambitieux, mais trop perméable pour un plus classique 4-4-2 en losange, redonné confiance à un Braithwaite décisif dans l’opération maintien et installé le jeune Bodiger en sentinelle devant la défense. L’intérim aurait pu s’arrêter là, mais l’intéressé a commencé à prendre goût à la fonction et surtout son président n’a pas une seconde songé à une solution extérieure. « Il sera l’entraîneur du TFC la saison prochaine. Point barre. Le reste ne vous regarde pas, c’est notre cuisine interne » , prévenait Sadran fin mai dans un entretien à La Dépêche du Midi. Et cet amateur de bonne bouffe s’y connaît en cuisine interne. Depuis la parenthèse Élie Baup entre 2006 et 2008, l’homme a été vacciné contre les entraîneurs trop autonomes, médiatiques et sur lesquels il n’a pas la main. Et tant pis si son coach actuel lui coûte 10 000 euros par match à défaut de diplôme.

De son côté, Dominique Arribagé a accepté un nouveau mercato « low cost » sans trop épancher ses regrets dans les médias. « Il y aura des arrivées de qualité pour bonifier mon groupe » , avançait-il en pré-saison. Ces renforts sont un gardien uruguayen avec des gants en peau de pêche (Mauro Goicoechea) et un Brésilien débarqué de Hongrie dont on retient le nom à défaut du poste (Somalia). L’homme a donc des circonstances atténuantes, mais sa gestion du cas Ben Yedder pour tenter d’affirmer son autorité, sa versatilité pour le choix de sa charnière centrale et un discours très vite résigné ne plaident pas en sa faveur. Peut-être grisé par son statut de « sauveur » , il en a oublié un temps les contraintes propres au job, lui le lève-tard contrarié qui racontait « se réveiller à 5h du mat’ » préoccupé par les problèmes de son équipe. D’ailleurs, quand on lui demande s’il se voit entraîner ailleurs qu’à Toulouse, il répond sans hésitation : « Non » .

Et pour mieux comprendre la situation, on vous conseille cette vidéo qui prouve que l’humour reste la qualité principale des supporters du TFC.

Alors samedi à Guingamp, il a exprimé plus ou moins discrètement son envie de retrouver sa vie d’avant. La balle est désormais dans le camp d’un Olivier Sadran qui commence à peine à comprendre l’urgence de la situation et du sentiment d’abandon exprimé par les supporters. Reste que cette fois, il ne pourra pas se tourner vers une solution interne. Les adjoints d’Arribagé (Michaël Debève et Teddy Richert) sont liés à son sort et ne paraissent pas disposer de l’épaisseur et du vécu pour réussir cette improbable mission maintien. Cette fois, la maison est vide, et Olivier Sadran va bien devoir regarder vers l’extérieur. À moins de refuser d’entendre les messages subliminaux de ce copain qu’il a fait entraîneur par défaut.

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Par Alexandre Pedro

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