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Les chroniques de Vidic

samedi 11 octobre 2008

Historiquement, l’ex-Yougoslavie est surtout connue pour avoir fourni au football mondial quelques-uns de ses plus grands manieurs de ballon (Osim, Pixie Stojkovic, Savicevic). Des solistes géniaux qui, sur une passe, un dribble ou un coup franc gagnaient le droit de passer au travers des dix matchs à venir. Depuis la chute du Mur, le paysage géopolitique comme footballistique des pays balkaniques a bien changé. Aujourd’hui, le symbole numéro un du foot yougo est un défenseur et s’appelle Nemanja Vidic.

Depuis le sacre européen de Manchester United, les pseudos spécialistes du foot briton s’évertuent à déterminer qui de Nemanja Vidic ou de Rio Ferdinand est la réelle pièce maîtresse de la défense mancunienne. A vrai dire, on s’en fout un peu. C’est surtout la paire qui a atteint la quasi perfection tout au long de la dernière campagne européenne des Red Devils, qui n’ont, faut-il le rappeler, encaissé que deux buts lors de toute la phase à élimination directe de la Ligue des Champions (Benzema en huitièmes, Lampard en finale).

L’agressivité de Vidic, son sens du sacrifice et son mental d’acier s’allient parfaitement à la classe naturelle de Ferdinand. Les deux tours de contrôle ne sont pas loin de former la charnière la plus imperméable au monde, un secteur que l’on avait l’habitude de désigner comme le tendon d’Achille de l’armada mancunienne.

On oublie trop souvent que MU a connu un départ extrêmement poussif l’an dernier avant que Ronaldo, Tevez et Rooney ne mettent la machine en route et n’enchaînent les pions. Si les Red Devils sont restés au contact d’Arsenal avant de dépasser les Gunners au printemps, ils le doivent surtout à de nombreuses victoires 1-0 acquises sans la manière en début d’exercice 2007-2008. Vida n’y est pas étranger. Le Serbe ne fait pas dans la fioriture et n’hésite pas à dégager en tribune si besoin est. La relance propre, le buste droit, il laisse ça à l’ami Rio. Mais attention, l’apport offensif du Serbe n’est pas nul, loin de là. Il se concentre surtout sur coups de pied arrêtés, un gros point fort du Serbe.

Par rapport à d’autres défenseurs de haut niveau, Vidic a ce petit truc en plus : il claque toujours ses deux ou trois calots par saison, au moment où vous en avez le plus besoin, à base de coups de casque surpuissants. « J’aime monter aux avant-postes à l’occasion, admet-il. J’essaye de le faire le plus souvent possible. Je sais que mon premier devoir est de défendre correctement, mais si l’occasion de marquer un but se présente, je ne vais pas me priver. La joie du buteur est quelque chose de très particulier ».

Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Recruté en pleine période du Boxing Day de la saison 2005-2006 pour “faire le nombre”, Vidic ne devait être qu’une solution alternative à Silvestre, Heinze ou Brown. On était en droit d’être sceptique. Qui était donc ce défenseur inconnu déjà âgé de 24 ans qui arrivait du Spartak Moscou ? Tout simplement le patron de la meilleure défense des éliminatoires de la Coupe du Monde 2006.

Surnommée “Les Quatre Fantastiques” ou “La Garde de Fer”, l’arrière-garde de la Serbie avait réussi l’exploit de n’encaisser qu’un seul but en dix rencontres éliminatoires, obligeant l’Espagne à disputer un barrage. Dans une sélection dépourvue de grand talent technique depuis la scission de la Yougoslavie -hormis l’Interiste Stankovic -, le Mancunien faisait office de vedette. Malheureusement pour son pays, Vida n’allait pas fouler les pelouses allemandes, la faute à une blessure au genou. Résultat, dépourvus de leur vaillant guerrier, les Serbes ont encaissé 10 buts en trois matchs, dont un cinglant 6-0 contre l’Argentine. Un mal pour un bien. Vidic allait entamer la saison suivante tambour battant pour ne plus décoller de l’équipe-type de Sir Alex Ferguson.

Avec Ronaldo, Vidic est sûrement le joueur de l’effectif actuel des Red Devils qui a le plus progressé au contact de l’Ecossais. Il allie une détermination sans faille à une intelligence de jeu hors-norme. Sur un terrain, le Serbe n’est pas non plus le dernier des roublards. Face à Lille en 2007, Vidic avait inventé le concept de “simulation défensive”. Battu dans les airs par Odemwingie, il avait mimé une poussette de ce dernier. L’arbitre n’y a vu que du feu et a refusé le but du Nigérian. Lors de la dernière finale de Ligue des Champions, Vida ne serait non plus étranger à l’expulsion de Didier Drogba, pour beaucoup le véritable tournant du match.

Maintenant qu’il a tout gagné en club, Vidic veut avant tout laver l’affront de 2006. Pour cela, rien de mieux que de bien figurer en Afrique du Sud en 2010. Mais les Serbes devront néanmoins réussir à se sortir d’un groupe éliminatoire très ouvert, et dont ils sont à peine outsiders. Une situation qui leur va comme un gant…

Par Marc Hervez

Serbie-Lituanie - samedi 20h15


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